Ca y est ! maintenant, on est entré dans la phase voyage. Aprés 3 ans de vie à bord de L'Alchimiste au port de Gruissan, nos regards se tournent enfin vers le large. Nos préoccupations s'orientent vers notre nouvelle organisation de vie, le CNED pour les enfants, les adieux à la famille, l'énergie à bord, l'eau, la bouffe... et surtout ... l'itinéraire ! Les miennes restent encore très techniques... Je n'en sors pas de ces caisses d'électricité, de plomberie, de mécanique, tous ces outils en vrac au fond des coffres !
Mais malgé tout, la liste des travaux restant à faire, affichée dans le carré, diminue jour après jour ... Comme disent les badauds qui passent sur le quai : " Je n'ai jamais été aussi prêt de la fin ".
Motivé, motivé !!
3 septembre 2006 ... Les premiers bords de l'Alchimiste !!!
Quelle belle introduction au voyage ! et conclusion des travaux ... enfin presque...
Une journée exceptionnelle ! A la hauteur de nos espérances... 10 ans dans l'attente de ce moment !
Super météo, le voilier glisse sur l'eau comme par magie, il vire, il empanne, il se comporte merveilleusement bien ! Il n'attendait qu'à faire ses preuves ...
L'équipage aussi s'est trés bien comporté, je pense ne pas trop avoir crié et tout le monde m'a bien écouté ...enfin je l'espère !

Quelle merveille !!!
La suite des photos se trouve dans la rubrique " notre album photo"
Bon, maintenant, il ne faut pas s'endormir sur nos lauriers. Je refais pour la "énième" fois ma liste des travaux et je finis tout ce qu'il reste à faire pour partir au plus vite.
Notre projet a pris son cap définitif. Les enfants ont commencé le CNED ce matin pendant que leurs copains et copines ont fait leur rentrée au collège. Dés maintenant, nous sommes tous les quatre sur le voilier pour préparer le départ, en espèrant larguer les amarres vers le 20 septembre.
Au travail !
10 Septembre 2006 ... Le Baptème !
Une belle journée en famille pour baptiser l'Alchimiste et pour faire 3 ronds dans l'eau .
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Ma bien chère Mère étant la marraine, elle a eu le grand honneur de casser la bouteille "presque" du premier coup.... De toute manière comme tous marins qui se respectent, nous ne sommes pas du tout supersticieux !!!! ??? Heu !!! bon ... |
Quelques photos dans la rubrique " notre album photo"
Du 13 au 30 Septembre 2006 C'est beaucoup moins cool !!!
L'heure est aux adieux ... gorges nouées, yeux brillants, bafouillement de gros lieux communs, sourires crispés...
Les questions à ne surtout pas se poser ...
En fait, le plus gros problème de cet arrachement est directement lié à notre soif de liberté.... Comment dire à sa Mère, à sa Soeur bien aimée, à toute la famille et à nos amis, que nous partons sans date de retour !!!
Non, ce n'est pas un voyage planifié sur une année sabbatique !
Bon ... ça suffit !
Haut les coeurs !
Nous l'avons bien chercher depuis 11 ans qu'on en parle !
Là, on y est ...
Nous devrions partir le 9 octobre vers les Baléares ....
Un peu de retard, la balise pas encore reçue, des vaccins pas encore faits . Mais pour le 9 on y croit ... si la météo nous le permet !!!
Jeudi 12 Octobre
ALORS ... VOUS N'ÊTES PAS ENCORE PARTIS ?????
Et non ... nous sommes toujours là !
Mais cette fois ci ce n'est plus de notre faute! La météo nous a proposé jusqu'à présent des entrées maritimes avec leurs cortèges de nuages de pluie et de vagues. Hiers soir enfin la rotation du vent a eu lieu . Vent Nord Ouest à force 7 à 8 sans transition et la pluie est toujours présente. La radio marine nous propose un buletin météo spécial jusqu'à vendredi minuit.
Alors que faire ?
Ne pas céder à la "pression" des enfants qui en ont assez de faire leurs adieux aux copains et copines.
Ne pas céder à la tentation matcho des marins de ponton : Alors pas cap.
Et bien non... pas cap. de risquer d'écoeurer toute la famille dés la première navigation et avorter un beau projet de voyage, tout ça, juste pour flatter mon égo.
Bon, patience...
Un autre petit problème qui là, je vous l'accorde est directement lié à notre volonté. La météo doit s'améliorer vendredi. Là, nous pourrions enfin larguer les amarres, mais les marins ne partent jamais les vendredi quand de surcroît ils tombent un 13...
Mais nous ne sommes pas supersticieux !!!
Nous pensons partir donc dans la nuit de vendredi à samedi à minuit et une seconde.
Le 18 Octobre - Port d'Andraitx

1er parcours
Nous sommes au mouillage dans l'avant port d'Andraitx . Aujourd'hui il y a du vent et le voilier se dandine autour de sont corp mort.
J'ai quand même pu estirper l'ordinateur à mon équipage avide de raconter notre grande aventure. Même Véronique s'y met...
A croire que l'Alchimie opère !!!
Comme la règle de ce site est de le mettre en ligne avant de lire ce que les autres ont écrit, nous risquons les répétitions mais c'est quand même sympa de voir comment chacun appréhende ce voyage.
Ceci étant, je pense qu'ils ont du vous expliquer, en long, en large, et en travers, le début ne notre périple.
Nous avons osé conjurer le mauvais sort !!! Et oui ! nous sommes bien partis un vendredi 13 !
La traversée sur les Balèares a bien roulé... La première partie ( jusqu'au cap Creus) s'est faite au moteur avec une petite houle résiduelle dans l'arrière. Les dauphins nous ont escorté un petit moment faisant la joie de tous. Le vent a fini par rentrer plein arrière. Progressivement, il est monté dans la nuit jusqu'au moment ou Véronique nous a fait un joli "départ au loff" accompagné d'un aussi joli cri de peur contenu : Noooorbeeeeerrrt !!!
J'ai fini par sortir de ma couchette pour réduire la grand-voile ....La manoeuvre a été parfaitement loupée ! tout de travers ! Affreux ! En plus Jean-Emmanuel n'en "loupait pas une" il voulait aider et apprendre ... Qu'en a-il retenu ? Son père se bagare avec une grosse bâche, pas plus ... Bon j'ai fini par m'en sortir et étouffer ces mètres carrés de toile.
Finalement, je n'est pas dormi de la nuit ! Le Moitessier qui dort en moi doit lui dormir un peu trop profondément.... Je suis encore loin d'avoir son calme face aux éléments. Il faut dire qu'il naviguait souvant seul, n'entraînant son unique responsabilité. Mais ça viendra, j'en suis sur !
Le lendemain la mer a forci et les vagues commençaient à mouiller le cockpit . Nous avons donc passé notre journée à rouler bord sur bord .... Grande sieste pour tout le monde en mangeant des barres de céréales. Personne n'a été malade mais nous étions tous un peu flublublu. L'arrivée au petit matin sur les Baléares restera, avec les dauphins, un des moments les plus magiques de ce début de voyage.
Nous avons passé 2 jours au port pour refaire les pleins des batteries et prendre 2 bonnes douches. George, un français installé ici depuis 5 ans, nous a indiqué un corp mort de libre où nous nous sommes installés. Je passe beaucoup de temps à reprendre les aspects techniques qui n'allaient pas . Véronique est toujours tirraillée entre les cours du CNED et les multiples services que je lui demande. J'ai encore le sentiment que nous n'avons pas trouvé notre équilibre de fonctionnement du bord, mais nous y parviendrons.
Encore quelques bricoles sur le voilier et une météo favorable et nous pourrons continer le périple.
Samedi 28 octobre Départ du port d'Andraitx
Aujourd'hui, la météo semble favorable, nous decidons de quitter ce petit paradis. Mes nouveaux points d'amures de la Grand-voile sont prêts, les garcettes de ris aussi, donc la GV ne devrait plus me poser de problème.
Cette escale nous a bien plu, la baie est jolie et surtout nous avons eu la chance de rencontrer des gens sympas.
Cathia, Georges, Téva et Niouniou nous ont accueillis chaleureusement, nous avons partagé des aperitifs, souvent dinatoires, ou les échanges philosophiques ( quelque-fois !!!) étaient souvent ponctués par le superbe accent chantant de Georges .

Nous les avons beaucoup appréciés, merci à eux pour tout ce qu'ils nous ont apporté.
Mardi 5 novembre Gibraltar
Désolé pour ce "silence radio" multimédia mais, j'ai passé beaucoup de temps à résoudre les différents problèmes techniques qui apparaissent au fur et à mesure des navigations, sur bateau....
Mais, c'est peut être un pretexte ???
Je n'ai plus la tête au site, je suis dans le voyage et j'ai un mal fou à prendre du recul par rapport à notre aventure. Carpe Diem ! Norbert ! No stress ! Nono !
Ceci étant, en ce qui concerne la navigation des Baléares à Almérimar... beaucoup trop de moteur à mon goût mais le plaisir de croiser une vingtaine de tortues.
Mes traveaux sur le bateau semblent efficace. La Grand-voile semble mieux maîtrisable avec ses nouveaux points d'amure. Mais maintenant, c'est le moteur qui m'inquiête. Je trouve qu'il fait beaucoup de bruit à bas régime ou dans les vagues, quand j'épaule les voiles.
Je m'aperçois aussi que malgré les 30 heures de moteur que nous venons de subir, les batteries affichent 11,5 volts... ça continue !!!
Le port d'Almérimar nous a bien plus, un accueil chaleureux de la part de nos voisins de quai et du personnel du port.
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Serge attend son équipier... Peut-être le retrouverons-nous aux Antilles ? (ça goûte bon !!! ) |
Nous avons retrouvé Nathalie, Franck et leurs enfants, Sarah, Nathan et Tristan sur leur voilier "Phébus". Ils étaient partis de Gruissan une semaine avant nous...
C'est trés sympa de tomber sur eux au hazard d'une vaccation radio en passant le super ( vagues hachées dans le nez, courant nous faisant dériver de 40°) cap de Gata (avant Almérimar)
Ceuci étant nous, nous ne l'avons passé qu'une fois ( pour plus d'explications, se rapporter au site de Phébus : http://filauvent.blogs-de-voyage.fr )
A Almérimar, j'ai donc passé encore beaucoup de temps à "bricoler" le bateau. Mon arbre d'hélice bat à bas régime, j'hésite à réaligner mon moteur pour la troisième fois mais Franck m'explique gentiment que je suis un temps soit peu parano, que les arbres d'hélice battent tous à un certain régime .
Je finis quand même par modifier le dispositif de frein d'arbre que j'avais mis au point ( pour bloquer l'arbre d'hélice quand le voilier navigue à la voile)
Le deuxième jour d'Almérimar, j'en ai marre ! !!! Ressortir les outils, replonger dans les coffres arrières, se remettre dans le camboui... cette fois-ci pour trouver pourquoi l'alternateur ne charge pas ... passionnant !!!
Serge me propose de m'aider en m'expliquant que sur les gros cargos, les pannes se recherchaient souvent par fax interposés, où les équipes d'ingénieurs à des milliers de kilomètres, s'échangaient les plans et schémas électriques....
Mais, où sont mes plans ?
Hum ! mes plans électriques ont bien pris naissance sur un bout de papier quelque part vers Gruissan, mais aprés, il ont évolué au fil de mon imagination, au fur et à mesure du cablage... Je m'en souviendrai !!! Oui ! sans problème !
Bon mais voilà, il faut se rendre à l'évidence, je ne m'en souviens pas du tout !
J'ai donc passé ma journée à faire mon schèma électrique du bateau. Maintenant je suis sérieux ! ( par la force des choses)
Le lendemain,un autre voisin "Alain" ( à croire que mon énervement se voyait ! ) me vient en aide. Il est électricien et armé de sa pince amperemetrique fonce sur mes circuits électriques. C'est vraimant sympa !
On ale plan, on a les outils et nous sommes 2 à chercher. A force de recouper nos résonnements j'ai fini par découvrir le petit fil fautif .... Ce mesquin conducteur s'était introduit dans une borne de connection où il n'avait rien à y faire. Il s'était trompé entre le + et le - . Enfin je l'ai peut être aidé lors du enième cablage du tableau de moteur. Bon bref !
Tout a bien fini autour d'un bon apéro ... On va finir alcoolique !
La navigation d'Almérimar à Gibraltar n'a pas été agréable. J'ai décidé de partir avant "Phébus" pour éviter d'avoir trop de vent à l'arrivée. La première partie de la navigation est extra... Génois, bronzage, pêche et bonne cuisine. La suite moins bien, grosse houle d'Est puis croisée avec une plus petit de Sud. Au début, nous étions au largue... super! et puis au vent arrière, sous la fausse panne. J'ai decidé d'affaler la GV et naviguer sous trinquette seule. Mais le vent est tombé dans la nuit et avec la forte houle l'Alchimiste se fait malmené. Donc à nouveau... risée Mercédes.
Le moteur fait toujours du bruit !!! Bon c'est normal ...
L'arrivée s'est déroulée comme prévu: pluie, brume, houle, vent, cargos... La totale !
Mais je suis heureux de voir que l'équipage tient le coup et s'investit de plus en plus dans la marche du bateau. Florianne s'interresse, elle me pose plein de questions pendant les quarts. Jean-Emmanuel a pris en charge le livre de bord qu'il tient conscientieusement avec soins. Ca me fait vraiment plaisir. Je sens de mieux en mieux notre voilier en navigation. J'apprends à le connaître ... Il marche vraiment trés bien ! Petit à petit la mer nous gagne et nous envoute. Celà fait 3 jours que nous sommes à quai sous la pluie ... La mer nous manque !
Notre but maintenant est de finir les devoirs des enfants à envoyer au CNED tout en calculant la meilleure fenêtre météo pour ralier les Canaries .
Bon, je vais quand même jetter un coup d'oeil au moteur ... Manière !
Salutations à tous.
23 novembre : Lanzarote ( Canaries)
Nous sommes arrivés aux Canaries Dimanche dernier, aprés avoir passé quelques jours au Maroc pour laisser passer la petite dépression qui devait entraîner un flux de sud ...
Je n'ai pas vu ce fameux coup de vent mais j'ai bien apprécié l'escale marocaine. Safi, la ville où nous étions, est loin d'être une ville touristique, pas de port de plaisance, pas de douche, pas d'eau et pas d'électricité, mais un port de pêche avec des chalutiers sortis tout droit de dessins animés ( odeur de sardines en plus).

Les Marocains nous ont reservés un excellant accueil, dans les règles de leurs traditions. Mais cette escale n'a pas failli à la règle du bricolage. Cette fois- ci il a bien fallu réaligner le moteur. Pendant la traversée, Gibraltar-Maroc, j'ai bien cru perdre l'arbre d'hélice.
Nous avons fait la connaissance d'un skipper " Jean-Baptiste" Nos voilier sont restés à couple pendant toute l'escale. Lui aussi part pour la Guadeloupe.
Phébus s'est arrêté avant nous à Mohamedia, c'est vraimant dommage car nous partirons au Cap Vert avant leur arriée aux Canaries.
En ce qui concerne la navigation de Safi à Lanzarotte... Vraiment pas terrible!!!
Ce n'est pas pour rien que Christophe Colon appelait cette partie de mer "La mer des Juments" ...
Dieu sait que nous les avons toutes chevauchées !!! Avec en prime la trinquette déchirée... Vent arrière sans tangon dans les grosses vagues, ça ne pardonne pas.
Mon petit équipage aussi a souffert ! Ils sont vraiment courageux ...
Bon maintenant c'est du passé ... Nous devrions rencontrer des conditions météo de plus en plus favorables ... Enfin, je l'espère.
Ici, à Puerto Calero, nous sommes aux antipodes de ce que nous avons laissé au Maroc : marina privée, sortie de terre par la volonté de quelques promoteurs, pas de village à proximité, des gardiens omniprésents, interdiction de rouler en vélo sur les quais, d'étendre son linge sur les filières, bite d'amarrage en lanton poli ...
Au début ça nous a amusé, nous avons apprécié les bonnes douches...etc
Mais maintenant ça va !
Les devoir du CNED sont enfin fini, j'ai pratiquement fini ma "punition bricolage" de rigueur aux escales ... cette fois-ci je viens d'installer un hydrogénératreur pour équilibrer les dépenses électriques du bateau. Il faut encore que je regarde mon joli moteur ( Mon ami Jean-Pierre m'a toujours dit d'être très gentil avec son moteur et surtout de bien lui parler ...c'est donc ce que je fais pour ne pas avoir de problèmes.)
Véronique a loué une voiture ! Super nous allons pouvoir visiter cette île !
26 novembre :
Comme prévu, nous avons fait un peu de tourisme, l'île est sympa mais nous n'avons toujours pas le temps de sortir des sentiers battus touristiques.
Ces 2 journées nous ont fait du bien... sortir du bateau, voir autres choses...
Ce soir, nous sommes prêts, le moteur m'inquiète encore mais je me console en pensant que son utilisation sera moindre dorénavant, vu les distances à parcourir et mon autonomie en gazoil.
Les prévisions météo sont bonnes... j'attendais le passage d'une dépression qui nous a envoyé un flux de sud ouest hier avec du crachin . Aujourd'hui le vent est repassé au nord - nord ouest ! C'est bon !
Demain matin nous quitterons ce petit paradis surfait pour les îles du Cap Vert .... Changement d'ambiance !
27 novembre : Départ de Puerto Calero
13h00 ; Nous voilà partis des Canaries.
Le vent est établi à Force 4 d'Est -NE. Un peu de clapot remue l'Alchimiste. Nous filons à 6 noeuds, ce qui me satisfait amplement.
J'essaye mon hydro-générateurqui fonctionne à la perfection ; peut-être un peu trop ! Mon voltmètre indique déjà15 Volts ; qu'à cela ne tienne, on rallume le frigo.. Quel luxe !!
Je décide de contourner l'île de Fuerteventura par l'est, cela nous permettra de conserver un vent frais et régulier.
L'équipage s'est endormi après le repas. Je suis seul, installé dans le génois à l'etrave du voilier.
L'ambiance est différente des autres débuts de navigation. Cette fois ci c'est la bonne... la " cour des grands" !
Une semaine de navigation non stop. Notre première grande navigation. Jusqu'à présent, nous passions 3 jours maxi, le temps de s'amariner et nous organisions déjà l'arrivée.
Cette fois-ci nous devons trouver notre rythme de vie à bord sans attendre l'arrivée.
Mon petit équipage espère quand même ne pas avoir à rechevaucher quelques juments qui se seraient échapées du troupeau de notre dernière navigation.
30 novembre :
Bon... A nouveau la mer a grossi, une grosse houle de nord s'est formée, 3 à 4 mètres de creux !
C'est beaucoup trop pour de simples méditerranéens comme nous !
Un train de houle d'Est, environ 2m, vient complexifier les formes de l'océan. A perte de vue des collines aux crètes blanches nous entourent.
Nous avons donc passé 2 jours (le 28 et le 29) à rouler bord sur bord.
Le vent n'était pas assez fort pour stabiliser le bateau et nous l'avions plein arrière...en permanence sous la fausse panne.
Je ne sais plus quoi dire à mon équipage...
Heu !!..., nous avons passé le tropique du Cancer.!! Nous naviguons dans l'alizé !! Ca ne va pas durer éternellement !! Nous allons vers le beau temps !!
Des parents ne peuvent quand même pas appeler leur fille Alizée, si l'alizé c'est ça !!!!!!
Aujourd'hui, la météo s'est améliorée... croisons les doigts.
1er décembre :
Je prends mon 1/4 à 02h30 après Véronique, mais cette fois-ci je me suis réveillé seul ; j'ai bien senti qu'il se passait qque chose progresivement. Les surfs du voilier devenaient plus persistants, plus longs, l'écoulement de l'eau sur la coque, plus intense.
Le vent est monté d'un cran : F5.
Je jette un oeil dehors, je trouve ma Véronique emmitouflée dans sa jolie couverture bleue assise dans la descente, elle lutte contre le sommeil... la pauvre !!
Je m'enroule à mon tour dans la couverture chaude, le coussin de Mémé sous les fesses. Véronique ne tarde pas à aller se coucher. La lune est pratiquemment pleine...on y voit comme en plein jour, la mer ressemble à du métal liquide.La houle grossit, le vent monte progressivement. L'Alchimiste engage des surfs de plus en plus longs. Cette fois-ci les vagues me semblent bien organisées, et j'ai maintenant une grosse houle de nord qui fait glisser cette superbe coque.
Peut-être que la fatigue y est pour qque chose, mais l'instant devient complètement magique !
Je l'imaginais depuis tant de temps ce moment !
Combien de fois j'en ai parlé sur la zone technique : " Regarde cette carène... !!! Imagine les surfs dans l'Alyzée...Une vraie luge, cette coque!! "
Maintenant j'y suis !!
L'Alchimiste se met de l'écume plein les moustaches, je sens qu'il se régale vraiment dans la mousse des vagues !
Il vit.
Quel plaisir !
Mon petit équipage dort, protégé dans son ventre, et comme deux complices, nous filons à 8 noeuds dans les vagues metalliques.
Deux ailerons de dauphins dans le reflet de la lune viennent ajouter encore plus de magie.
Au risque de faire rire certains, je me sens bien, en osmose avec les éléments. Je chevauche les idées au rythme de ces grandes vagues : un rêve qui se réalise, l'esperance de donner un sens à tout ça, mais la plus forte idée, celle qui me revient sans cesse, est celle de l'évidente présence de Dieu !!!
Ma place ici dans cette immensité menant ma famille, en assumant de vraies responsabilités, sans tricher, ... ici on ne triche pas !! Tout est vrai. Chaque erreur est sanctionnée, chaque angoisse prend aux tripes, chaque bonheur t'emporte.
On est très loin de cette société surfaite où les besoins sont créés de toute pièce, les sentiments à télécharger sur le net., et les opinions à capter sur le cable.
Ca fait du bien !!!!
Bon, il est déjà 05h00 du matin, je redescends de mon nuage pour aller réveiller Jean-Emmanuel qui me répond par son grognement habituel.
Je vais me coucher.
Une 1/2 heure plus tard, juste le temps de m'assoupir, je sens une 1ère vague bousculer l'Alchimiste sur babord, une 2ème, puis tout de suite, une 3ème encore plus grosse qui me projette la tête dans l'équipée de Véronique.
Je sors de ma cabine en catastrophe, Véronique se réveille instantanément (une fois n'est pas coutûme), nous nous retrouvons nez à nez dans le carré :
- " ça va ?"
- " ça va ?"
- "Ben oui !! Ca va "
Je demande à Jean-Emmanuel à nouveau si tout va bien, il me répond : " j'ai rien compris, ces (.....) de vagues de (.....) étaient monstrueuses, la filière du haut était sous l'eau "
J'avoue que ça m'a fait drôle et je décide de reprendre le 1/4 avec mon fils.
" Surtout ne regarde plus derrière ! "
02 décembre :
Depuis qu'une vague s'est invitée sur la table à carte en passant par l'intérieur du ciré de Véronique, je décide de passer la journée enfermés à l'intérieur, en laissant Bob (le régulateur d'allure) seul dehors.
La mer forte et croisée est belle et bien revenue !
03 et 04 décembre :
Toujours pareil ! Bord sur bord, je suis étonné par l'endurance et le mental de mon équipage ; les enfants trouvent même le moyen de dessiner.
Je reprends un peu confiance, et réouvre la descente. Nous nous lavons, cuisinons même des repas chauds dans ces bousculades et ce brouhaha incessants.
L'Homme a une sacrée capacité d'adaptation !
Le bateau roule énormément et tout le monde trouve ça presque normal.
Mais est-ce donc ça, l'alizé ??
05 Décembre :
Ce matin la houle a diminué sensiblement, ce qui n'est pas pour nous déplaire.
Je décide de pêcher pour nettoyer la mer d'un sachet en plastique comme à mon habitude, mais cette fois-ci une daurade coryphène suicidère s'est sacrifiée pour nous régaler le midi et le soir.
L'arrivée est proche mais la visibilité est médiocre, nous ne verrons les îles qu'à quelques mille nautiques.
A 17h00 local, nous mouillons dans la baie de Mindelo... J'ouvre une bière.
Du 16 décembre au 1er Janvier " La traversée":
Nous sommes partis de Mindélo le 16 décembre aux alentourx de 11h00. Grand soleil et petit Alizée !

Trinquette, génois, et grand voile pleine; une ponctualité parfaite pour que la marée épaule l'Alchimiste dans le canal de St Vincent, que demander de plus ? Parfait ! Tout comme j'aime ! Quelques dernières photos des îles du Cap Vert que nous avons tant appréciées. En espérant un jour, peu être, y revenir pour toutes les visiter et arpenter leurs paysages si différents.
Nous sommes déterminés et prêts pour le grand saut tant attendu, avec la ferme intention d'en profiter et surtout de ne pas démarer le moteur ( en qui je n'ai toujours pas confiance) .
La consigne du bord sera simple : Vivre le moment présent en s'interdisant de focaliser sur la date d'arrivée, la voile n'étant pas, à mon sens le moyen le plus rapide pour franchir l'Atlantique.
Mais les conditions sont trop parfaites pour durer !
Dés la fin d'aprés midi le vent faiblit et nous laisse plantés là, en vue des côtes du Cap Vert, voiles pendantes.
C'est amusant comme le moral du bord est intimement lié à celui du skipper et le moral du skipper intimement lié à la météo.
Progressivement l'euphorie du départ fait place au doute : C'est inutil de mettre le moteur ! A quoi celà peu nous servir ? Avec 300 litres de gazoil dans mon réservoir...où irions-nous?
Mais, à force de voir ces voiles pendre lamentablement et raguer (frotter) sur les haubans, livrées aux mouvements du bateau, des pensées plus ou moins logiques, intelligentes ou folles m' envahissent : border les voiles à plat ? faire demi tour ?... Je ne pense quand même pas à la solution qui consisterait à demander à l'équipage de se mettre à l'eau pour tirer et pousser la coque pendant que je m'installe fièrement à la barre.
Je finis quand même par rouler ma trinquette et démarrer le moteur... Je suis arrivé à me convaincre qu'il y avait un courant contraire qui nous ramenait vers les îles et qu'il était complètement necessaire d'opter pour cette solution.
Heureusement, les vibrations, la fumée et surtout le bruit du moteur m'ont très vite calmés et remis dans le "droit chemin" J'ai donc, au bout de deux heures, coupé le moteur.
Nous avons bouchonné comme ça pendant 3 jours. Quelque-fois, le vent apparaîssait timidement nous permettant de parcourir quelques miles nautiques, mais le soir venu, la "pétole" reprenait le dessus.
Seul l'océan a changé de forme pendant ces 3 jours. Progressivement la houle grossissait devenant de plus en plus puissante. Le décors était planté : mer formée avec houle arrière, sans vent établi. Le 17, nous avons même droit à un ciel très couvert, un peu de pluie et le soir, des orages autour de nous pour nous illuminer l'horizon. Très joli mais je me serais bien passé quand même de ce spectacle quelque peu inquiétant.
Le 18, enfin, l'Alizée s'est établi aux alentours de 15 noeuds. Cette météo a persisté avec 3 journées ou le vent est monté entre 25 et 30 noeuds.
Malheureusement, la houle aussi nous a accompagnés durant toute la traversée. Elle était plus ou moins forte, la plupart du temps de 2 à 2,50m mais pouvant atteindre à mon estmation 4m. de plus pour notre inconfort, elle a toujours été croisée. Au début de la transat, la plus forte était orientée Nord et le deuxième train venait de l'Est. En milieu de transat, le plus fort train s'orientait de l'Est, et le plus petit de Nord-Est.
Que les néophytes m'excusent pour ces aspects techniques mais ce sera peut-être l'occasion pour eux d'ouvrir des livres de navigation. Hi....hi...hi.
Ma méthode de navigation en vent arrière est simple, elle consiste à loffer légèrement sur ma route théorique pour que ma voile d'avant se tienne seule car je n'est pas de tangon.
Avec la houle, il m'est impossible aussi de naviguer voiles en ciseaux. Dans cette configuration, la grand-voile dévente forcément la voile d'avant. De plus avec mes barres de flêches poussantes,elle rague toute la journée sur les haubans, trés vite je décide donc de l'affaler définitivement .
La nuit nous naviguons sous trinquette seule, et le matin, quand nous sommes motivés et que la météo s'y prête, nous envoyons à la place le génois.
Le soir, nous ré-hissons la trinquette.
Nous empannons le matin et le soir pour recaler sur notre route théorique.
En ce qui concerne la navigatin sur la carte, j'ai décidé de suivre les conseils de Jimmy Cornell dans son livre "Route de grande croisière", en passant par le waypoint intermédiaire, 10° N- 40°W, puis nous avons fait route directe vers Cayenne.
Fin des aspects techniques. Hi...hi..hi
La houle incessante mouille le pont en permanence et nous fait rouler bord sur bord, rendant la vie à bord plus difficile. Chaque déplacement, chaque action est laborieuse : se tartiner une biscotte le matin est une épreuve périlleuse si on ne dispose pas d'au moins 6 mains ou bien si on ne s'appelle pas Krischna.

Malgré ce, nous avons fini petit à petit, jour après jour, à vivre notre traversée.
Au début du voyage, cette immensité nous a un peu donné le vertige. Deux milles miles nautiques à parcourir en passant au dessus de profondeur atteignant plus de 5000 mètres sous notre petite coque. Puis, ce cercle d'horizon au centre duquel se trouve notre voilier, nous devient deplus en plus familier, sans devenir banal pour autant. Sans aucun lien avec l'exterieur, ni radio ni téléphone satellitaire, cet environnement est notre seul contact avec le monde extérieur.
D'une simplicité grandiose, cet espace nous donne un vrai sentiment de liberté et de puissance. La nature est réelle, omniprésente et directe. Plus les jours passent, plus nous nous détachons de notre monde de terriens matérialiste et superficiel. Nous nous immergeons dans cette réalité puissante et pure.

Nous vivons cette transat comme un voyage initiatique tribale du passage de l'enfance à l'homme prenant sa place dans l'univers.
J'ai tout à apprendre de ce monde ! En se donnant le temps d'observer le ciel étoilé des nuits noirs, les cycles de la lune et du soleil, les nuages, les vagues, le chant de l'écoulement de l'eau sur la coque, le bouillonnement de l'étrave dans l'écume, le sillage illuminé par le plancton phosphorescent, les rencontres avec les globicéphales et les dauphins, les daurades coryphènes qui offrent leur vie, les oiseaux qui viennent nous observer....



Quel programme !!!
La vie à bord aussi se simplifie considérablement. Elle se déroule gentiment, et se règle, rythmée par les repas, le thé, les jeux de société en soirée avant le coucher du soleil, la pêche en fin d'après midi, les manoeuvres, et le point.


Nous nous sentons priviligiés d'avoir choisi ces instants de vie simples et forts où nous inventons notre destin.







Sans cesse en route, nous cherchons inlassablement l'harmonie avec la nature comme les prémices d'une reconnaissance envers Dieu.
"Mais il y a encore de quoi faire !!" dirait ma soeur bien aimée.
A l'issue de cette traversée, j'ai vraiment le sentiment d'avoir à peine soulevé un coin de la première page d'un grand livre magique.

Quel bonheur !